Entretien avec Ghislaine Poitou, directrice de l’AFPLI – Lutte contre l’illettrisme et FLE

Cette année, L’AFPLI (association familiale de prévention et de lutte contre l’illettrisme) va fêter ses trente ans, l’occasion de faire le point avec Ghislaine Poitou, directrice.

Aujourd’hui UCI a rencontré Ghislaine Poitou, Directrice de l’AFPLI (association familiale de prévention et de lutte contre l’illettrisme) pour faire un point pour l’anniversaire des 30 ans d’existence de l’association !

Unis Contre l’Illettrisme : quelle est la mission de l’AFPLI ?
Ghislaine Poitou : la mission de l’AFPLI, et sa raison première d’être, est de répondre à toutes les problématiques linguistiques que rencontrent les personnes de tout âge, de toutes nationalités, française ou autres, d’apporter une réponse appropriée et individuelle à leurs besoins d’apprendre ou de réapprendre les savoirs de base, lire, écrire, et calculer.

UCI : l’AFPLI a trente ans, quelle est son origine, la raison de sa création ?
G.P : au départ, l’AFPLI avait comme public-cible des personnes sous main de justice, c’est-à-dire des personnes qui étaient suivies par le système judiciaire, soit encore en maisons d’arrêt ou dans des structures d’insertion, et dont la volonté était de se réapproprier des savoirs fondamentaux : la lecture, l’écriture, le calcul.

UCI : sur la base du volontariat ?
G.P. : bien sûr, même s’il existe un regard croisé entre les institutions, les bénévoles et les structures, l’apprenant reste maître de ses décisions, de ses envies de progresser, et plus simplement, de s’en sortir !

UCI : alors, trente ans plus tard, c’est toujours le cas ?
G.P : évidemment, même si le public a évolué en se concentrant davantage sur les personnes d’origine étrangère, il s’agit toujours d’une volonté de leur part de s’intégrer à la société française par le truchement de la langue et de l‘écrit, ce qui leur permettra de trouver du travail, de pouvoir répondre aux demandes des administrations, ou plus simplement de suivre le parcours des enfants scolarisés ou d’aller chez un médecin.

une classe en cours de français
Cours de FLE
(français langue étrangère)

UCI : justement, les enfants sont-ils parfois les seuls liens des familles avec la société française, des enfants-interprètes ?
G.P : oui, et cela fait partie de notre combat, car cela inverse la responsabilité ; même si certains enfants sont très vertueux, cela peut-être aussi cause de brouillage et d’une perte des valeurs parentales. D’un point de vue pratique, cela peut également avoir des conséquences dramatiques, comme des mamans qui ne vont pas chez le médecin, car elles ne souhaitent pas parler de leurs problèmes de santé devant leurs enfants… le fait de ne pas pouvoir communiquer dans la langue du pays d’accueil efface totalement leur domaine légitime d’intervention.

UCI : au niveau des personnes étrangères, y a-t-il différentes situation nécessitant l‘aide de l’AFPLI ?
G.P : nous rencontrons tous les cas de figure, aussi différenciés que les parcours de vie. Par exemple, les demandeurs d’asile n’ont pas d’autres choix que de rester sur le territoire français d’une façon légitime et légale. Leur intégration commence par une bonne interprétation des codes sociaux et de relations claires et identifiées avec les administrations, la population française… et sans le langage et un minimum de compréhension de l’écrit, cela se révèle ardu, voire impossible, et sujet à des incompréhensions mutuelles.

UCI : qu’en est-il du public français, ou francophone ?
G.P : si les personnes étrangères relèvent du FLE, français langue étrangère, les seconds, ayant été scolarisés en France ou dans un pays francophone, touchent à la mission d’origine de l’AFPLI, la lutte contre l’illettrisme. Pourtant, si les premiers sont très demandeurs de soutiens linguistiques (il n’y a pas de honte à vouloir parler la langue de son pays d’accueil), l’accès aux seconds est beaucoup plus problématique. Il existe un véritable tabou d’annoncer que l’on est en situation d’illettrisme, cela peut être perçu comme très stigmatisant. Ces personnes développent des stratégies qui permettent de contourner cette problématique, soit via des proches qui sont mis dans le secret, soit via une méthodologie qui leur est propre. Cela prouve que cette situation n’est pas due à un manque d’intelligence, mais bien d’apprentissage.

atelier d'écriture à 'AFPLI
Atelier d’écriture à l’AFPLI

UCI : avec quelles conséquences ?
G.P : avec des conséquences qui peuvent être importantes, par exemple en conduisant sans permis parce qu’on a peur de passer le code, ou invalidantes pour trouver du travail, surtout dans des secteurs où l’on doit pouvoir déchiffrer les consignes de sécurité.

UCI : actuellement, combien de personnes suivez-vous ?
G.P : aujourd’hui nous accompagnons 630 adultes et 130 enfants sur l’ensemble du territoire nivernais. Nous intervenons autant dans notre siège social située à la Grande Pâture, que dans les centres sociaux des Courlis, au Banlay ou Bord de Loire pour Nevers, ou dans nos antennes départementales de Cosne-sur-Loire, Saint-Pierre-le Moutiers, Clamecy, La Charité sur Loire, Varennes-Vauzelles et Imphy.

UCI : quels sont vos prescripteurs ?
G.P : Pôle-emploi, les centres sociaux qui regroupent l’ensemble des services administratifs, des assistantes sociales, les centres d’accueil et les structures d’hébergements d’urgence pour demandeurs d’asile (CADA et SHUDA), les services d’hébergements de demandeurs d’asile, partout où l’on a besoin de nous ! Beaucoup de nos actions se font également dans le cadre des contrats de ville et de cohésion sociale. Le principe est de fonctionner ensemble, au bénéfice du public…

UCI : et le financement ?
G.P : le financement est le miroir de nos interventions, et provient de l’Etat, des mairies, de la CAF, du conseil départemental, etc. Même pour une petite association comme nous, les demandes de financement demandent beaucoup de temps et d’énergie.

UCI : combien de bénévoles ?
G.P : sur la Nièvre, nous avons 110 bénévoles actifs, dont certains sont fidèles, plus de dix ans. Cependant, c’est une gestion des moyens humains qui nécessite de l’écoute ; pour que l’apprentissage se fasse dans un respect mutuel. Il ne faut pas oublier, autant pour nous, l’AFPLI, que pour les apprenants, que sans les bénévoles, on n’existerait pas…

UCI : à titre personnel, quel est l’apport de cette mission ?

G.P : la dimension humaine tout azimut ! Autant sur les relations avec les bénévoles qu’avec le public que l’on accueille, ou dans la richesse des échanges avec les partenaires. Et surtout, le fait d’apporter quelque chose d’essentiel aux apprenants, l’autonomie !
UCI : Merci

http://afpli.pagesperso-orange.fr/

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